Beatlemania. Un extrait inédit.

Beatlemania un passage inédit.

Je vous offre cet extrait de Beatlemania qui n’a pas été conservé dans la version finale. Il est ici question du rapport des fans avec la langue anglaise.

Les plus jeunes, nés dans les années 80 ou 90, ne sont pas tous passés à côté du phénomène.

Il faut ici remercier certains professeurs d’anglais, assez nombreux en fait, qui ont fait découvrir les chansons des Beatles à leurs élèves. Avec aussi le souci de leur faire aimer la langue de Shakespeare. Souvent, pour les plus doués, le but est atteint. (Cette tranche d’âge bénéficie, en outre, d’internet qui permet d’obtenir tous les enregistrements du groupe en téléchargement illégal. Gare au contrôle !)

Chaque année scolaire, Régine tente de faire découvrir l’oeuvre des Beatles et de Paul McCartney à ses élèves. Elle souhaite d’ailleurs bâtir une séquence sur le  » phénomène Beatles  » en tant qu’élément culturel majeur du vingtième siècle en Grande Bretagne.

Elle a remarqué que la chanson She’s Leaving Home touche beaucoup les élèves car elle insérée dans une séquence qui a pour thème « prendre son indépendance »

Elle est bien sûr persuadée que les enseignants contribuent largement à diffuser la musique des Fab Four et de Macca.

Elle est toute fière d’indiquer qu’un élève portait régulièrement un tee-shirt  » Beatles, dans le lycée ou elle enseigne.

Daniel est français, mais il enseigne dans un lycée à Bruxelles. Il est toujours étonné de constater que les Beatles aient pu briser tant de barrières entre les générations. Il n’y a qu’à voir sur les sites internet spécialisés le nombre « d’élèves » qui s’expriment sur la question…Surtout lorsqu’on songe à l’écart qu’il y avait entre la génération des enfants nés pendant les sixties et leurs parents. Il précise cependant que cela dépend des familles. Tout le monde n’a pas suivi la même évolution non plus. Cependant, il est, chaque année, étonné un peu plus par ce phénomène que tout le monde croyait sur le déclin après la séparation du groupe…il y a plus de 40 ans!! Et il est persuadé que ce n’est pas uniquement dû à la longévité artistique de notre cher sir Paul. Souvent, les jeunes apprennent et découvrent avec grand étonnement que Macca écrit et joue encore et toujours avec autant de talent et de génie.

Daniel a encore eu le cas de cet élève de 3ème l’an passé. Un jeune plutôt rêveur et qui ne possédait pas franchement le profil de premier de classe. Un beau jour, il s’est pointé arborant un T-shirt des Fab4. Daniel l’a branché sur la question…et lui, jusque là muet comme une carpe s’est mis à chercher ses mots pour dialoguer avec son prof en anglais sur Peter Best et autres anecdotes à propos des Fab Four qui le passionnaient. C’est sûr que ce trimestre-là, sa note de participation à l’oral a fait un sacré bond en avant!!

Jean-Marc Fouques a découvert les Beatles en 1965, à l’âge de 12 ans. Il a immédiatement aimé leur musique et a acheté tous leurs disques à partir de là, sans en manquer un seul ni jamais se lasser.

Bien sûr, les paroles étaient simples, au début, pour ne pas dire simplettes et il saisissait globalement de quoi il s’agissait. Plus tard, il lui a fallu de l’aide et c’est vers son enseignant qu’i s’est d’abord et naturellement tourné. Mais bon, le « père Bontemps » son premier prof d’anglais, en sixième, n’était ni un fantaisiste ni un mélomane ! Il a dû éluder les questions de l’adolescent assez vite et celui-ci s’est rabattu sur des copains plus âgés, pour tenter de déchiffrer les textes.

A cette époque, pas d’Internet, aussi, pour trouver les paroles écrites, il fallait une sacrée patience. C’était le parcours du combattant. Le célébrissime magazine « Salut les Copains » en publiait quelques-unes, mais la pêche était maigre…

Il écoutait consciencieusement avec des copains dont certains sont aujourd’hui musiciens professionnels – dont Jean-Michel Kajdan, guitariste de très grand talent, qui a travaillé avec Eddy Mitchell, Didier Lockwood, Lionel Ritchie– pendant des heures pour tenter de mettre le texte chanté noir sur blanc.

Quelques années plus tard, Jean-Marc a eu un prof, dans son lycée parisien, Monsieur Audibert, qui était fan des Beatles. Il a pu lui demander des tas de trucs, d’autant que les textes étaient entre temps devenus un rien compliqués (I’m The Walrus, entre autres)

Déjà à cette époque, la langue anglaise le séduisait. Il la trouvait élégante, expressive, musicale.

Au terme de ses études en Sciences de l’Education, le jeune homme devait présenter un mémoire et il se souviens avoir cité Lennon : John Lennon n’est pas un professionnel de l’éducation, mais il a dit un jour « La société tient un costume à votre disposition. Si vous entrez dans le costume, tout va bien. Si vous n’y entrez pas alors ce n’est pas le costume que l’on coupera, c’est vous ! » Pour expliquer simplement que tout apprentissage est douloureux, à des degrés divers et qu’il convient de toujours se montrer très attentif envers l’apprenant.

Pour la petite histoire, l’étudiant a obtenu une excellente note.

Quand il s’est agi de choisir un métier, Jean-Marc a tout naturellement pensé « prof d’anglais » ! Cela liait le plaisir conservé des chansons des Beatles au désir de transmettre. A travers les Beatles, il s’était approprié énormément d’expressions, de sons, et il avait envie de rester là-dedans. De partager.

Ainsi, l’enseignant qu’il est devenu utilise la chanson Yesterday pour illustrer le passé, All My Loving pour le futur, ou I’m The Walrus pour l’expression poétique.

Il est toujours étonné de constater que la plupart des élèves connaissent déjà ces chansons.

Fouques reconnait que les Beatles sont les meilleurs profs d’anglais du monde, puisqu’ils ont transmis et fait aimé des mots, des phrases, une bonne partie de la langue anglaise, en somme, tout en faisant plaisir à leurs élèves », ce qui n’est pas banal, tous les lycéens en conviendront.

La passion des Beatles n’a jamais quitté Jean-Marc qui se rendait fréquemment à Liverpool. Il en a ramené, un jour, le livre de Sam leach « The Rocking City ».

Leach avait été l’un des premiers managers des Beatles et avait raconté les premiers pas du groupe.

Après avoir lu le livre, l’idée a germé dans l’esprit du professeur d’anglais d’en proposer une traduction française. Il a donc contacté Sam Leach par l’intermédiaire d’un ami et les deux hommes se sont mis à travailler ensemble à Liverpool, à la table du Grapes ou dans les salons de l’hôtel Adelphi.

Le livre a été publié en 2007. Sam et Jean-Marc étaient venus le présenter au Beatles Day de Mons.

Jim vit en Belgique. Il a eu au début des années 70, un prof d’anglais qui lui a fait découvrir les groupes et chanteurs influents de l’époque et des années 60 (Beatles, Dylan, Cohen , Queen, Rolling Stones, Pink Floyd). Ils devaient transcrire les paroles et les traduire de la manière la plus poétique possible. Grâce à lui, les jeunes sauvages qu’ils étaient et qui n’écoutaient que Slade et les autres groupes de Glam Rock, très prisés à l’époque, sont devenus des amoureux d’orchestres plus recommandable. De là date la folie de Jim pour les Beatles et son premier 33T acheté a été « Sgt Pepper ». Grâce à lui aussi, il s’est découvert un véritable amour pour la langue anglaise.

Son enseignant est devenu entre-temps un ami, et ils parlent encore souvent de cette période et évidemment de musique.

Mathias a 17 ans. Il joue de la guitare et est devenu un grand fan des Fab Four Un jour, en cours d’anglais, sa prof a dit : « You know my name! »… Il n’a pas pu s’empêcher de lancer un « Look up the number », référence au titre du groupe qui figurait en face B du 45 tours Let It Be. Et du coup se prendre une grosse honte car peu de gens pouvaient saisir l’allusion. Les jeunes sont vraiment incultes!

Il serait présomptueux de penser que tous les amoureux des quatre garçons dans le vent sont tous bilingues. Et c’est aussi un des aspects magiques de la Beatlemania. Ceux qui ont suivi les cours d’anglais près du radiateur n’échappent pas toujours à la contagion et apprécient plus leur musique que le sens de leurs textes. Ils en décèlent tout de même l’émotion qu’elle dégage.

Jean-Claude est un grand fan de Paul McCartney qui vit dans la Nièvre. Il ne parle pas anglais, mais se soigne.

L’étude et l’apprentissage de la langue de Shakespeare, comme la plupart des autres matières dispensées à l’époque du collège, ne l’inspiraient très certainement pas autant que les formidables parties de ballon échangées au cours des récréations. Bien entendu, il le regrette et le déplore aujourd’hui.

Jean-Claude se remémore encore la scène qui s’est déroulée cet été 2010, lorsqu’ il arrêta un camping-car immatriculé en Grande-Bretagne et dont les passagers avaient oublié de refermer les petites fenêtres de toit avant de prendre la route, en sortant du camping de Nevers. Après un dépassement douteux (!), il bloque leur véhicule et s’approche du conducteur. Hé bien c’est dans de tels moments qu’il déplore le plus le fait qu’à une certaine époque de sa vie, c’est bien le ballon qui détenait sa préférence sur les autres matières scolaires.

« Little window… open…, on the roof… » additionné de gestes étranges de ses mains. Sur les visages décomposés et même craintifs de nos chers voisins d’outre-Manche apparurent alors des sourires mi-amusés, mi reconnaissants, après bien entendu qu’ils aient compris le sens de son intervention quelque peu cavalière, convenons en. Ce sont ensuite des remerciements appuyés de leur part qui le touchèrent. Il va sans dire que les « little window » auraient été arrachées avec la force du vent, dès lors que leur caravane à moteur aurait pris l’autoroute.

Jean-Claude précise que le mot « roof » est apparu dans son minuscule répertoire de mots anglais, grâce aux Beatles. En effet, il a appris que ce mot désignait l’endroit précis où ils s’étaient produits pour la toute dernière fois en concert public : ce fameux « concert sur le toit » de janvier 1969.

A propos des Beatles, ou de la carrière solo de chacun d’entre eux par la suite, il est bien évident que Jean-Claude ne saisit pas le moins du monde le sens des paroles de leurs chansons. Sauf bien entendu s’il se penche sur l’une d’entre elles dans le cadre d’une recherche personnelle, et qu’à ce titre il utilise l’outil Internet pour la traduction. Mais s’il est uniquement question d’écouter leur musique, ce problème disparaît totalement pour lui. Il ira jusqu’à affirmer que c’est un avantage. Pourquoi ? Tout simplement parce que les paroles d’une chanson, pour peu qu’elles soient incomprises par l’auditeur, deviennent, portées par le talent du chanteur, un instrument de musique supplémentaire à tous ceux déjà en place. Il croit même que c’est là la meilleure façon d’apprécier, de ressentir la musique, telle que souhaité par le ou les compositeurs, avec les intonations dans la voix qui dirigent l’âme du public. Une sensibilité, une saveur particulière se dégagent à chaque écoute, phénomène qui disparaît quelque peu dès l’instant où il s’est penché sur sa traduction. Son esprit est alors amené à associer les paroles et la musique, au détriment de l’essence même de l’écoute profonde.

Il en va de même pour les grands airs d’opéra, quand le baryton ou la cantatrice dispensent une émotion phénoménale par leur voix, auprès d’un public sous le charme. Pourtant, parmi toutes les personnes venues écouter ce spectacle, bien peu en saisissent les paroles qu’elles soient en Allemand, en Italien, en Russe ou autre. Qu’importe, la magie est là et bien là, et c’est pour lui le même miracle qui ressort à chaque écoute d’une chanson des Fabs… pour peu qu’il ne la comprenne pas ! La même chanson, après en avoir consulté la traduction, revêt alors une imagerie totalement différente, son esprit se trouvant alors conditionné par des paroles qu’il trouve quelquefois presque inadéquates. Il exagère à peine. Mais en revanche, Jean-Claude doit aussi reconnaître qu’il est indispensable de se conformer à l’idée que le ou les auteurs ont souhaité donner une couleur bien définie à leurs créations originales. Et c’est la moindre des choses. N’est-ce pas ?

Ajoutons que Jean-Claude, qui pratique la musique en autodidacte, sur ses claviers, depuis sa tendre enfance, a réussi la prouesse d’enregistrer la chanson « Heather » de Paul McCartney en apprenant les paroles en phonétique. Pour un résultat plus qu’honorable.

Pascal habite près de Bordeaux et travaille dans une entreprise de transport. Pour lui, la musique des Beatles et plus particulièrement de Paul McCartney, c’est une attirance voire un bonheur à entendre. Il se laisse emporter par la mélodie et les paroles des chansons, même s’il ne les comprend pas. Elles sont une partie intégrante de la chanson. Il a écouté des versions instrumentales et s’est rendu compte que ça ne le fait pas du tout. Il manque quelque chose qui lui raconte une histoire ou qu’il peut associer à sa propre vie. Une histoire qui n’a peut être même pas de rapport avec le véritable propos de la chanson.

Pascal se souvient de cette chanson écoutée à la radio à une époque à laquelle il ne connaissait pas tout le répertoire Beatles. Le début lui plaisait déjà bien, mais quand le refrain surgit soudain, … une explosion de joie à en trembler de plaisir l’envahit. Le morceau s’imageait très bien. Pour lui, c’était l’histoire d une jeune femme, voire même le récit d’une passion intense pour cette fille. Jamais une chanson à l’époque ne lui avait donné un tel plaisir à entendre. La fille s’appelait Lucy ( in the sky whit the diamonds). C’était plutôt intense et il n’a ressenti la même chose qu’avec des titres comme Day Dream des Wallace Collection, en 1969 et Dreamer ou School de Supertramp, dans les seventies.

A ses moments perdus, Pascal s’adonne à son autre passion : la peinture. Quand quelqu’un regarde ses toiles et se fait sa propre interprétation de ce qu’il a réalisé, il ressent la même chose avec la musique de Macca ou des Fab Four.

Bien sur, depuis le temps, il s’est procuré la plupart des traductions des chansons de McCartney et des Beatles, mais il y en a certaines dont il ne veut pas connaitre le sens, par ce qu’il a besoin de cet imaginaire, de cette part de rêve.

Des chanson comme May’be I’m Amazed qu’il associe à une histoire d ‘amour, de fusion passionnelle. Il ne sait pas s’il y a un rapport, mais c’est comme ça qu’il la ressent. Il y a aussi Goodnight Tonight , le premier 45 tours de Macca qu’il ait acheté et qu’il aime plus que tout. Cette chanson lui donne envie de danser, de profiter de la vie, voyager. Elle est très positive pour lui.

C’est pour ça qu’il adore les Beatles, Paul McCartney et également George Harrison.

Pas besoin de comprendre pour adhérer. Même si de temps en temps, Il est intéressant de savoir comme pour Lucy. Mais, entre le sens de la chanson et l’histoire de Lucy O’Donnell, il ne regrette pas.

Dominique Grandfils

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